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Les jeunes n'attendent plus la"crise d'adolescence" pour s'affirmer. Ils grandissent plus tôt et différemment, dès 10-11 ans.
Les adultes le comprennent mal et ne savent pas toujours comment y faire face... Comment se comporter face aux mouvements d'individualisation précoce de son enfant ? Comment accompagner sans intrusion, ce moment de la vie ?
Ils n'ont pas 12 ans, mais ils affichent déjà des codes de représentation et d'expression propre. Dans son dernier ouvrage, François DE SINGLY met en relief l'importance inédite des 10-13 ans, de cette période qui précède l'adolescence proprement dite. C'est à ce stade de la vie que prendrait désormais naissance l'individu soucieux de devenir lui-même, d'exister à titre personnel. Ces jeunes de l'entre-deux, loin de l'innocente légèreté des premières années, ne sont pas à proprement parler encore entrés dans une volonté d'affirmation de soi, voire dans une mise à distance brutale de l'univers familial. Cette époque charnière, François DE SINGLY l'appelle l'adonaissance.
Ces jeunes sont en demande de petits gestes de flexibilité de la part de leurs parents (sur les horaires, sur les sorties, sur la musique, l'installation de la chambre...), mais ne sont pas encore à même d'opposer à l'identité familiale une originalité personnelle. L'adonaissance, explique l'auteur, "ce n'est ni la rupture du lien de filiation, ni le maintien de cette identité dominante. C'est un temps pendant lequel le jeune cherche ses marques, plus générationnelles que personnelles afin de se prouver et de prouver aux autres que son identité ne se réduit pas à son appartenance familiale". Il ne s'agit pas de s'affirmer comme un individu autonome, mais de remplacer, en somme, l'identité familiale par l'identité générationnelle, comme un premier processus en douceur de prise de pouvoir sur soi. A défaut de dire « je », ils commencent par se dire « jeunes ». Porter telle marque, avoir le poster de tel chanteur ou de tel sportif au mur de sa chambre, autant d'actes d'apparence anecdotique qui prennent une dimension symbolique. Le contenu des acquis importe peu, ce qui importe c'est l'éloignement relatif des parents.
Ainsi, contrairement à certains discours, ces adonaissants ne se donnent pas le mot pour être de "nouveaux despotes " commandant des parents sans autorité. Plutôt bien intégrés dans la vie de famille et ses contraintes, ils s'individualisent en douceur, ils s'émancipent en prenant appui sur les codes culturels de leur génération. Ils sont déjà "ailleurs quand on les croit encore là". Ils apprennent à avoir un certain pouvoir sur eux-mêmes.
Toutefois, au travers de l'analyse des multiples témoignages recueillis, François DE SINGLY note l'impact de l'univers socioculturel dans lequel évoluent les parents de ces jeunes. Il classe les diverses expériences de ces adonaissants autour de deux modèles: enfants de cadres et enfants des milieux populaires. Dans ces deux mondes distincts, il note deux modes d'individualisation différents. Les familles de cadre seraient principalement préoccupées par la reproduction sociale. Le jeune doit rester le "fils ou la fille de". Dans le modèle des familles populaires, le schéma qui prévaut serait celui de la conciliation, d'une acceptation de la culture jeune. Cette différence s'expliquerait par la croyance en une identité intime prégnante chez les familles de cadres et moins diffusée dans les familles populaires.
Devant cette autonomie en herbe, François DE SINGLY suggère aux parents des manières de se comporter afin d'éviter une cassure qui couperait court à toute possibilité de transmission. Le rôle des parents n'est pas moindre à cette période qu'à d'autres. Schématiquement, leurs tâches principales sont de garantir la sécurité par l'affirmation d'un amour inconditionnel et d'aider à ce que chaque enfant puisse découvrir qui il est. Concrètement, il s'agit d'apporter à son enfant une aide à l'épanouissement personnel. Pour y parvenir, les parents doivent proposer des expérimentations à leur enfant au travers d'activité. Ainsi, le jeune sera à même de savoir ce qui lui convient. Bref, les parents doivent offrir un cadre pour que l'apprentissage de l'autonomie se réalise progressivement.
François DE SINGLY est professeur de sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales de la Sorbonne-Paris V, directeur du centre de recherche sur les liens sociaux (cerlis, CNRS / Paris V), spécialiste de la famille, de la vie privée, des sociétés individualistes.
François DE SINGLY, Les adonaissants, Armand Colin, Paris, 2006, 399 pages.
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